De retour sur le Foutain Stage du Botanique pour ma deuxième et dernière Nuit Bota de l’année, j’attends Chloe Slater qui inaugure cette série de concerts du 28 mai. Lorsqu’elle arrive enfin sur scène, elle livre un mix efficace d’Indie Rock à la Olivia Rodrigo et de Post-Punk tendance Wet Leg. Je ne la connais ni d’Eve ni d’Adam mais sa personnalité et sa présence scénique transforment des morceaux au premier abord peu excitants en de réels moments de communion pleins d’entrain. Pas difficile d’y voir une artiste débutante dont la popularité va certainement exploser dans un futur proche. Vous l’aurez lu ici en premier.

Chloe Slater

Deux salles, deux ambiances, entre l’Indie gentillet de Slater et l’Electro-Punk industriel et radical de forsissies, au Musée. Chaotique, féministe et engagé, le set est composé de morceaux distordus et vindicatifs. Les trois musiciennes proclament à plusieurs reprises « FUCK THE RAPISTS » le temps d’un morceau qui ressuscite l’esprit de Suicide et qui fait froid dans le dos.

forsissies

Après cette claque de réveil, je rejoins la scène extérieure pour le concert de mes bien aimés Model/Actriz. Vus pour la première fois en première partie de Gilla Band en 2023, je me souvenais d’une performance intense et intimiste et d’un groupe assez introverti. Ce jour-ci, c’est une toute autre énergie qu’il propose, bien plus dansante et extrovertie. La principale raison de ce shift réside dans l’attitude scénique du chanteur Cole Haden. Ses interactions avec le public (il passe la moitié du concert dans la fosse), ses danses grandiloquentes et sa gestuelle théâtrale à la Freddie Mercury prime contrastent délicieusement avec le Dance-Punk industriel pesant du groupe.

Haden réussit à faire danser le public tout au long de cette performance survoltée de musique libératrice et ouvertement gay. Il danse même parfois directement avec le public. Un frontman avec autant d’assurance et de charisme, ça ne court pas les rues de nos jours! Model/Actriz, le temps d’une heure, est le meilleur groupe du monde. C’est là la marque des concerts exceptionnels. Mais la soirée allait bientôt changer d’ambiance. Les deux mecs à côté de moi s’amusent à compter les mesures de chaque morceau de Model/Actriz en les commentant lourdement. Quand Haden demande de taper dans les mains, ils sont lamentablement en dehors du rythme. Pas de doute, Angine de Poitrine allait bientôt jouer.

Cole Haden

Le phénomène Angine de Poitrine est la raison principale pour laquelle les gens sont venus – oui, même moi. Depuis que le duo d’aliens aux costumes grotesques a pris d’assaut les algorithmes de la moitié de la population mondiale, chacun de ses concerts est devenu un évènement prisé et, surtout, bondé. La fosse est pleine à craquer, à tel point que je me demande où étaient tous ces gens il y a 20 minutes. Personnellement, je suis toujours très mitigé au sujet d’Angine de Poitrine. La musique du duo est créative et fun, même si elle réinvente un peu la roue. Elle ne sonne réellement novatrice que chez ceux qui n’écoutent rien d’autre. Ca ne vaut pas King Gizz prime, quoi. On pourrait aussi voir dans le succès soudain du duo une capitulation face aux algorithmes. La seule créativité récompensée est celle mise en avant, le moins organiquement possible, par big tech. La formalisation de l’originalité. Littérallement 1984.

Cependant, la musique d’Angine de Poitrine, jointe à sa présentation cocasse et absurde, est particulièrement infectieuse et irrésistible. Les changements de rythmes et de mesures, les microtons, les influences de Rock anatolien et de prog font que l’on ne s’ennuie jamais devant un de leurs morceaux. L’emballage est absurde, mais le contenu est redoutablement efficace. C’est bien, mais c’est aussi un peu ce que je reproche au groupe : malgré sa présentation loufoque, malgré un format instrumental à deux personnes basé sur des loops, la musique du groupe est presque convenue. Du moins elle ne s’éloigne jamais d’une formule finalement assez stricte.

C’est un peu la même critique que je ferai du concert. Techniquement impeccable, la performance est cependant très proche de ce qu’on entend sur le disque. Pas d’improvisation, pas de rallongements de morceaux, juste la même chose en un peu plus énergique. C’est dommage. C’est cependant suffisant pour le public, qui est en feu dès la première note et qui n’a jamais cessé de pogoter tout du long. Un concert très amusant, mais, comme toujours avec Angine de Poitrine, j’en attends un peu plus au vu de leur présentation outrancière. C’est probablement mon problème.

Angine 2 Poitrine

Quoiqu’il en soit, je ne donne aucun crédit à l’argument qui voudrait qu’Angine de Poitrine soit une porte d’entrée au Rock expérimental pour un plus large public. Celui d’hier, en tout cas, est d’un manque de curiosité décourageant. Il a très vite déserté, et les salles accueillant ZEP et Maria Iskariot, pourtant plus petites, sont dès lors bien plus vides. Pourtant, l’intérêt de leur musique n’a rien à envier à celle de Knh et Klek. Surtout le rock en flamand de Maria Iskariot. Les jeunes gantoises délivrent un concert abrasif et chaotique, exorcisant les ombres de Siouxsie et The Fall. Les morceaux sont explosifs et destructurés et les cris sauvages d’Helena Cazaerck percent les oreilles. Alors qu’elles martèlent leur instruments dans un fracas étourdissant, je ne peux pas m’empêcher de murmurer tout bas : « vas-y, compte les mesures, ducon! ».

J’ai updaté la playlist de mes nuits bota !

Apple Music : https://music.apple.com/be/playlist/nuit-bota-2026/pl.u-mJy81XRuYxr93oD?l=fr-FR&ls

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