Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer les membres de Chat Pile afficher un petit sourire en coin au moment d’appeler leur troisième album Who Loves The Sun. Surtout que l’album sort dans le sillage de la plus violente canicule du 21ème siècle. La plus clémente du reste de nos vies, parait-il. Qui, après cet été traumatisant, peut encore aimer le soleil? Le soleil nous tuera tous. Ou alors ce sera l’IA, la troisième guerre mondiale ou quelque autre pandémie.

Plus que la chanson homonyme du Velvet Underground, c’est donc notre fin inévitable en tant qu’espèce que référence Chat Pile avec ce titre. La pochette de l’album, aussi subtile qu’un poing dans la gueule, enfonce le clou : une maison délabrée en premier plan, des gratte-ciels ultra-modernes en fond et, au milieu, une tente de SDF. Le décor est planté avec une iconographie d’un réalisme simpliste mais brutal. Sur ce troisième album morne, Chat Pile propose un état des lieux de ce monde violent et injuste dont il déballait déjà les atrocités sur ses deux premiers opus.

Malgré ses cris virulents et son instrumentation musclée, Who Loves The Sun est un album d’indifférence. Une indifférence de zombie hagard impuissant face au désastre. Face à la chute d’une civilisation sous le joug de l’IA générative, de l’algorithme-roi, d’influenceurs vaniteux, de la violence de classe, de la montée de l’extrême-droite, de l’injustice du monde du travail. Très peu de joie ici, donc, au cas où le mélange violent de Noise Rock et de Sludge Metal du groupe ne vous aurait pas déjà mis la puce à l’oreille.

On peut néanmoins se réjouir de la musique elle-même. Chat Pile est bien plus carré sur ce troisième album que sur les deux autres. On retrouve plus de structure dans les compositions et plus d’individualité des différents instruments, particulièrement des guitares. Les chansons de Who Loves The Sun sont exactement ça : des chansons, là où les compositions des deux premiers albums tendaient plus vers la bouillie sonore certes jouissive mais plus simpliste.

Le groupe sait également bien diluer son Sludge Metal à la Melvins avec d’autres influences plus ou moins inédites. Shoegaze, Rock gothique, Post-Hardcore et même quelques passages acoustiques sur le dernier morceau (October All Over) font de Who Loves The Sun une écoute dynamique et engageante, malgré ses thèmes déprimants. Il n’y a que Chat Pile pour coupler un texte sur la désensibilisation causée par le contenu horrifique du génocide à Gaza sur nos feeds insta avec un rythme galopant et infectieux sur le morceau Influence. Ou allier le groove gothique délicieux de Intruder à une métaphore sur l’immigration présentée comme un poltergeist.

Mais celui qui se révèle le plus sur cet album reste le beugleur en chef Raygun Busch, dont la performance vocale n’a jamais été aussi versatile et intense. Et nulle part cela est aussi évident que sur l’immense PEN I S MALL, sommet de l’album et meilleure chanson de Chat Pile sans hésitation. Sur ces 5 minutes d’une brutalité punitive, Raygun Busch s’inspire de son passé d’ouvrier dans un mall d’Oklahoma City pour dresser un portrait glaçant du monde du travail dans l’univers ultra-capitaliste dégénéré des Etats-Unis. Sur le « refrain », il hurle à plein poumons ses deux meilleurs vers jusqu’ici : « This was mine but the world is full of hallowed halls of degradation/Hard to think that your whole life can pass as a series of acts of subordination« .

La minute de fin du morceau est à l’image de l’album lui-même : lente, implacable, mortifère. La bande-son parfaite pour regarder Charlie Kirk se faire tirer dessus en attendant la fin du monde. Et tant que notre futur sera teinté par les chaleurs infernales, les génocides inhumains et la montée du fascisme et de l’obscurantisme, il m’est impossible de voir Who Loves The Sun autrement que comme l’album de l’année.

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